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Portraits d’aujourd’hui – de E à J

 

 L‘art outsider ou insolite de Kebir EDDOUBICH

paru dans ADP Bulletin 70 septembre 2014  p23

 

 

 Florence FEILLE ,

La passion de  l’art, la rigueur et la discrétion 

par Frédérique de  Longpré, article paru in extenso dans le BULLETINL’AMI? DE PEZENAS N°114 Septembre 2025 p 18

Florence Feille est une femme discrète, très discrète. Mais passionnée et qui sait faire partager sa passion, celle de son métier de galeriste d’art.

La galerie de l’Hôtel de Wicque

Ancienne élève de l’École du Louvre, Florence débute sa vie professionnelle auprès de son père, le charismatique Pierre Feille qui ouvre une galerie de peinture en 1977 au rez-de- chaussée de l’Hôtel de Wicque, rue de la Foire, au coeur du centre historique de Pézenas. Magnifique édifice des XVe et XVIe siècles, l’Hôtel de Wicque est inscrit aux Monuments historiques en juillet 1944. La façade sur rue offre au regard une architecture Renaissance et ouvre, la galerie de l’Hôtel de Wicque, la plus ancienne galerie d’art de Pézenas.

Un héritage

Florence aime raconter l’histoire de son père, Pierre Feille (1934-2018) grand amateur d’art, de peinture surtout, qui créa sa première galerie dans le village de Bazens dans le Lot-et-Garonne en 1973. Pierre Feille a permis à des amateurs d’admirer, entre autres, les toiles de Brayer, Carzou et de Bernard Buffet. Le père de Florence avait aussi le goût de l’écriture et il publiera chaque mois la « Lettre de Pierre Feille ».

La passion d’un métier et des peintres

Florence aime parler des peintres qu’elle expose. Elle a poursuivi le travail qui avait été entrepris par son père mais il y a maintenant longtemps qu’elle s’en est émancipée et qu’elle développe ses propres choix d’artistes. Sa passion est toute personnelle lorsqu’elle parle des artistes qu’elle découvre, qu’ils soient peintres, aquarellistes ou sculpteurs. « C’est galvanisant » dit-elle en souriant. Elle aime aussi raconter les expositions qu’elle a organisées. Celles qui furent consacrées à Jean Hugo, peintre, décorateur et illustrateur, arrière petit-fils de Victor Hugo, restent un magnifique souvenir. Le souvenir d’un immense investissement personnel, d’un immense travail et de beaucoup de joie…/…

 

Emmanuel  FLIPO L’art comme réflexion

ll est libre, Emmanuel. Pas de réseau. Pas d’inféodation.

Un créateur toujours en recherche personnelle, toujours en devenir. Les thèmes, les techniques, les supports, lesmatières, il les aborde en explorateur, il ouvre des voies. Cette impatience, cette effervescence lui vont si bienV!

Emmanuel me rappelle le passé, sa formation, ses études artistiques à Toulouse et à Nice, il consent des maitres, Beuys, Mondrian, Bouguereau.

Des influences acquises au cours de ses dix années newyorkaises et lors de ses nombreux voyages.

Il aime l’Italie, le pays d’origine de sa famille, dont il s’inspire souvent, il évoque le land art qui lui a valu des performances à Nîmes, Bordeaux, Toulouse, Copenhague (COP 15)…

Des expériences libératrices, un vécu qui a fait grandir le «VgaminV» – c’est ainsi qu’il se définit – et il ne se trouve pas si éloigné du jeune artiste et jeune père, ouvrant, à 28 ans, son atelier dans la boutique maternelle, rue de la Foire.

Dans son atelier, Rue des Orfèvres, il y a abondance : polychromie et monochromie,collages, juxtapositions, compositions architecturales, cartographies imaginaires, majestueux formats, feuillets expérimentaux. Un savant mélange, une richesse qui attire et qui séduit. Flipo a deux sources essentielles d’inspiration, les personnages et l’architecture, qu’il interprète dans une ambivalence figuration-abstraction. La réalité alors devient autre. Quand l’oeuvre se disperse en déchirures, s’évade en matière érodée et fragile, elle atteint l’intemporel et l’universel. Ainsi l’évanescence des madones, ainsi les turbulences guerrières. Ainsi les visages entre ombre et lumière, les nus féminins anonymes et lointains. Ainsi les décors de théâtre et d’opéra où les traits d’un pinceau soulignent et affinent, où les flashs estompent et colorisent, où l’orthodoxie classique d’oeuvres architecturales est délicatement revisitée. …/… (extrait de l’article de Nicole Cordesse paru au bulletin décembre 2019 – voir article in extenso ci-dessous)

 ADP Bulletin 79-décembre 2016-p29 Emmanuel Flipo par NIcole Cordesse

Frédéric GOURDON  émotion et partage

Arrivé à Pézenas en octobre 2010, le « nouveau »  directeur du service culturel inscrit peu à peu sa marque personnelle dans l’aventure collective de la culture et s’impose en douceur dans le paysage piscénois…

« l’important c’est le lien social, c’est prendre en compte toutes les composantes de la société….une mise en vie de la ville, du mieux possible, pour tout le monde »

in extenso Article de Nicole Cordesse dans L’Ami de Pézenas décembre 2012 N°63 p17

 

André GOUROU

ou la pharmacopée engagée

par Reine Serrano

article paru in extenso dans le Bulletin ADP 103 Décembre  2022 p 26

Qu’on se rassure ! Il n’a rien de Homais, le pharmacien reptilien que l’on peut rencontrer dans le roman de Madame Bovary ; il a plutôt l’air d’un poète, ou d’un gourou peut être, avec sa nouvelle barbe non taillée de jeune retraité mais que la mélancolie a déjà rattrapé.

Il l’avoue d’ailleurs avec simplicité : oui, son officine de Pézenas et le poste de professeur de Pharmacie expérimentale qu’il avait lui-même créé à l’Université de Montpellier, lui manquaient. Une nostalgie qui affleurait déjà, en juin dernier, sous le discours et la mise en scène raffinés de ses adieux et que ses étudiants, d’un seul élan, avaient affectueusement ovationné. Sans doute, ceux-ci le remerciaient-ils aussi de les avoir initiés, sans jamais défaillir, aux trois principes magiques d’une bonne pharmaceutique, « l’empathie, l’écoute, le conseil ».

Pourtant, aucune « vocation première » ne poussa André Gourou à devenir pharmacien si ce n’est un penchant pour la botanique éclos sans doute parmi les plantes et les roses de la boutique de ses parents fleuristes ; puis la pression sociale fit le reste, les métiers de médecin, notaire et pharmacien ayant longtemps appartenu conventionnellement à la catégorie des métiers les plus honorables.

Mais André Gourou, surnommé Dédé par un grand nombre de piscénois, n’aurait jamais pu exercer son métier de pharmacien d’officine ailleurs qu’à Pézenas, la petite cité occitane s’étant épanouie dans son âme comme une belle-de-jour en un jardin languedocien avant de devenir au fil du temps, aux dires de ce « célibataire sans enfant » tour à tour « son épouse et sa maîtresse ».
Dès lors, pour cette ensorceleuse en habits de noble dame et au talent de comédie, il se mit à rêver de destinée, remit au goût du jour les frasques du Carnaval et la folie des « machades », soutint dans le stade les olas musclées et les maillots violets, et engloutit au nom de sa notoriété les petits pâtés de Lord Clive.
Déplaçant des montagnes, il réussit même, à s’immiscer dans le monde des stars pour la gloire et la renommée de sa dulcinée. C’est ainsi qu’on put le voir dans le métro, des kilos d’argile sur les bras, passer la Seine tel César franchissant le Rubicon, et se caler avec audace, pour prendre leurs empreintes de mains ou de pieds, auprès des vedettes parties en goguette ou des célébrités dans l’impossibilité de se déplacer : avec l’appui de la Mirondela et de Christian Sempéré, il avait toujours rêvé de créer sur les allées longeant le Cours Jean- Jaurès et à quelques mètres de la salle de cinéma exposant le vieux projecteur de son grand-père, un chemin pavé de dalles réservées aux acteurs et portant les traces de leur passage à Pézenas, ce qui bien sûr a depuis été exécuté par François Siffre, le potier.

Vous l’aurez sans doute subodoré : avec l’air du Poulain et de la liberté qui trottent dans sa tête, André Gourou, notre pharmacien, ne voudra jamais se soumettre à une retraite bien méritée. La faculté l’a déjà deviné et vient de le contacter pour un enseignement bénévole.

Reine Serrano

Véronique Huyghe

une carrière à l’Ecole normale supérieure dela création industrielle

par Henri Huyghe

article paru in extenso dans le Bulletin ADP 114 Septembre   2025 p 19

 

Nous avons appris le départ à la retraite le 31 juillet 2025 de Véronique Huyghe, membre de notre association investie dans la photothèque. Le 4 juillet dernier, plus de 600 designers, anciens et actuels élèves de l’ENSCI – Les Ateliers (Ecole Normale Supérieure de Création Industrielle) se sont retrouvés à Paris dans la liesse et l’émotion pour fêter le départ en retraite de Véronique Huyghe.
Véronique a réalisé toute sa carrière de photographe professionnelle et d’enseignante de photographie dans la renommée école publique de la rue Saint-Sabin du 11e arrondissement de la capitale au service des jeunes designers et plus largement du design français. Au cours de ses 42 ans de carrière, elle a croisé et formé plus de 3 000 élèves, photographié des dizaines de milliers de projets extrêmement variés dans son studio photographique !
Après ses études à l’école des Gobelins à Paris, Véronique a intégré l’ENSCI en 1983, alors que cette école avait démarré quelques mois plus tôt seulement. Ainsi, elle a suivi et photographié les projets des tous premiers diplômés de cette
école ! …/…

Elena Iourach

entre Exil et Royaume

par Reine Serrano

 

Il faudrait, non pas une page mais un carnet entier pour dessiner son portrait, esquisser les chemins qui l’ont inspirée, croquer les villes qui l’ont modelée, Zaporojie où elle est née, Saint-Pétersbourg où elle a étudié, Tunis qu’elle a aimée et aujourd’hui Pézenas qu’elle a su apprivoiser : la vie multiple et flamboyante d’Elena Iourach, à la fois musicienne, écrivaine et médecin, semble jaillir d’un roman picaresque singulier.
C’est au café des Arts, et dans un français châtié fleurant bon le cuir de Russie et le musc oriental, qu’elle nous a confié quelques bribes de son histoire avec une liberté de ton surprenante.
De sa jeunesse vécue en URSS dans le milieu privilégié des apparatchiks et de la Nomenklatura auquel son père, architecte et communiste appartenait, elle conserve de joyeux clichés mêlant foulards rouges, lilas bleus et foules en liesse se pressant à l’entrée des concerts.
Cependant au pays du bonheur soviétique, tout n’était pas aussi doré qu’une vatrouchka ou qu’un mazurek. Elena le sait bien, elle dont le père mourut tragiquement à la suite de son exclusion du parti et qui, depuis toujours, rêvait de vie plus libre, moins morne et moins grise. Toujours est-il que, diplôme de médecine et de musique en poche, elle décida de s’embarquer pour les chimères de l’occident et quitta son pays « avec un étranger » après avoir essuyé les foudres humiliantes du KGB auquel, avant de partir,elle fut confrontée.
C’est ainsi qu’on va la retrouver pendant quelques années à Tunis dans le giron de la société politique aupouvoir, mariée puis divorcée et exerçant la médecine tout en dirigeant, en même temps, l’école de piano Rimski-Korsakov qu’elle avait créée.
« Mais tout vacille dans la vie », écrit-elle, avecphilosophie, dans son premier roman. Deux décennies plus tard, elle est à Pézenas, médecinreconverti dans la cuisine mais dont la générositénotoire et culinaire va vite avoir raison de son budget et de sa nouvelle orientation. Par chance, ses talents depianiste et de professeur de musique qu’elle n’a jamais cessé de cultiver vont lui ouvrir les portes de larenommée et du festival de Pézenas Enchantée auquel participent désormais, chaque année, les plus brillantsde ses élèves ; et bien que l’ intransigeance de son enseignement la fasse souvent « passer pour unesorcière aux yeux de ses apprentis pianistes » , dit-elle en s’esclaffant, elle se « sent aujourd’hui très fière » que certains d’entre eux aient accédé à de grandsconservatoires et obtenu des prix de piano réputés.
À l’évidence, Elena Iourach est l’image-type de la femme libre, moderne et épanouie ainsi que de l’artiste comblée. Comment ne le serait-elle pas, d’ailleurs, après ses succès personnels, musicaux ou littéraires et dont le dernier est la publication, à Tunis,de « La saga soviétique », son deuxième roman ?
Pourtant, quand on lui demande à brûle-pourpoint, si elle ressemble à ces « égarées de l’Est » décrites dans
son récit éponyme et édité en 2015, elle tressaille et soudain éclate en sanglots.
L’exil, choisi ou non, est toujours une souffrance.

article paru in extenso dans le Bulletin Les AMIS DE PEZENAS ADP 110 septembre 2024 p28